10 Nov

 

Si la défécation à l’air libre, la gestion des eaux usées, ou encore celle des boues de vidange devrait interpeller chaque citoyen, la problématique de l’assainissement concerne d’abord les décideurs politiques. Bien sûr que ces derniers ne peuvent pas à eux seuls porter la responsabilité du mauvais assainissement dû en partie aux comportements des populations, mais en la matière, ils sont les premiers responsables tant le secteur manque d’investissement, d’infrastructures et de leadership.

[Cet article est publié dans le cadre d’un partenariat entre l’ORTB et Niyel]

Les systèmes de collecte et de gestion des eaux usées et des excrétas tiennent d’abord de la volonté politique.  

En période de pluie, les villes en Afrique subsaharienne se ressemblent presque toutes. Elles se caractérisent par les flaques d’eau remarquables dans les rues et ruelles. Bien souvent ces eaux stagnantes, aux odeurs nauséabondes et  couleurs répugnantes, proviennent des latrines ou autre fosses septiques.  Un véritable nid à bactéries et maladies. 

Ce spectacle est malheureusement récurrent dans la plupart des pays, et le Bénin n’est pas en reste. En périodes de pluie, les résultats sont les mêmes : les courbes du choléra et du paludisme connaissent un pic. Et chaque année, face à la détresse des populations, les autorités à divers niveaux reviennent avec des alternatives éphémères et les mêmes engagements. Et au bout du compte rien n’est véritablement entrepris pour corriger la situation.

Il est temps pour les décideurs de passer à l’action  

Le manque à gagner pour les Etats en matière de mauvais ou de manque d’assainissement est énorme. En Afrique de l’Ouest, les pays perdent en moyenne 4,3% de leur PIB chaque année à cause des problématiques d’assainissement (document Pdf). Cela représenterait en 2019, 360 milliards de FCFA pour le Bénin, 367 milliards pour le Burkina Faso ou encore 427 milliards pour le Mali. Et il ne s’agit là que de la partie visible de l’iceberg. Ces chiffres font seulement cas des dépenses de santé ou de la perte de productivité et de temps à cause de la défécation à l’air libre.

Face à ces chiffres préoccupants, il faut tout de même faire remarquer que certains gouvernements africains ont pris conscience de la nécessité de développer l’assainissement. Ces dernières années, ils s’investissent de plus en plus dans le domaine dans le but d’améliorer le cadre de vie et la santé des populations.

Tout n’est donc pas perdu et les populations doivent plaider pour plus d’implications de leurs décideurs politiques. Il faut pour cela les alerter ainsi que les organisations de la société civile sur la situation des quartiers et des difficultés liées à l’assainissement pour créer un déclic et les faire se mobiliser. Faut-il le rappeler, le plus gros obstacle à l’assainissement est d’ordre institutionnel et les dirigeants doivent s’y consacrer et en faire une priorité.

Comment et sur quels leviers agir ? 

Dans un premier temps, il faut rédiger, adopter et voter des lois et réglementations, ou les mettre en application lorsqu’elles existent déjà, pour organiser le secteur de l’assainissement en termes de construction et d’installation d’équipements, de traitement des boues de vidange, de leur transformation, etc.

Force est de constater que nos décideurs ne peuvent y arriver seuls. Ils devraient donc après le cadre légal, impliquer des acteurs clés de l’assainissement et issus de différents secteurs pour favoriser les synergies et unir les forces. Notamment les vidangeurs, les experts techniques, les acteurs du secteur privé, de l’éducation, de la santé, de l’agriculture ou encore de l’environnement qui doivent être associés.

Pour éviter l’exposition aux excréments, il convient d’assurer également l’accès aux services d’assainissement de base des ménages et institutions publiques. A cela, il faut ajouter la gestion sécurisée de toute la chaîne de valeur de l’assainissement (collecte, transport, traitement, et réutilisation). Un budget conséquent doit ainsi être alloué à la filière pour créer plus de stations de traitement des boues de vidange (mélange d’urine et d’excréments) collectés et contribuer au bon équipement des ménages. 

Ne restons pas inactifs ! 

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