mercredi, 14 octobre 2015 18:58

[Portrait] Bénin : Mathieu Kérékou, discret Caméléon

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Cette fois-ci il est vraiment mort. La mort de l'ancien Président de la République, le Général Mathieu Kérékou a été confirmée l'après midi de ce mercredi 14 octobre 2015. Il avait fêté ses 82 ans le 2 septembre dernier. Loin des micros et caméras, car l'homme très discret...

Cette fois-ci il est vraiment mort. La mort de l'ancien Président de la République, le Général Mathieu Kérékou a été confirmée l'après midi de ce mercredi 14 octobre 2015. Il avait fêté ses 82 ans le 2 septembre dernier. Loin des micros et caméras, car l'homme très discret, il était devenu encore plus rare depuis plusieurs années au point d'alimenter la rumeur sur son état de santé. Il a été plusieurs fois donné pour mort.

"L'homme du 26 octobre"

Il ne sera pas témoin du 43è anniversaire de l'événement qui a définitivement inscrit son nom dans l'histoire contemporaine du Bénin : le coup d'Etat militaire du 26 octobre 1972. C'est à cette date que Mathieu Kérékou, Commandant à l'époque prend la tête d'un putsch militaire qui mettait fin au Triumvirat en cours depuis un peu plus de deux ans au Dahomey, pays devenu instable dès les premières années post-indépendance.

Le pouvoir qu'il prend en 1972, il le garde jusqu'en 1991. Pendant cette période, Mathieu Kérékou applique d'abord le marxisme-léninisme. En 1974 il crée le Parti de la Révolution populaire du Bénin, parti unique. Un an plus tard, le Dahomey devient République populaire du Bénin. Jusqu'au début des années 1980, le régime était dur : réforme du système éducatif, restriction des libertés, traque d'opposants, politiques de nationalisations, lutte contre les religions traditionnelles...

Les suspicions de tentatives de coup d'Etat conduisent à l'arrestation d'opposants au régime. La prison de Ségbana, à l'autre bout du Bénin au nord, très loin du coeur du pouvoir à Cotonou était la "Bastille". En 1977 pourtant, ce n'était pas une suspicion de coup d'Etat. Le 16 janvier de cette année-là, des forces extérieures hostiles en parfaite entente avec des déçus du système à l'interne, butent sur l'armée de Kérékou qui cueille à l'aéroport les mercenaires arrivés à Cotonou pour renverser la Révolution.

Les années 1980, années de douceur "Caméléon"

Vers les années 1980, le système s'essoufle. Le pain promis contre la liberté aux citoyens, n'est pas garanti. Les difficultés économiques contraignent Kérékou, le Caméléon à déverrouiller peu à peu le système. Il ne pouvait en être autrement car la pression des institutions de Breton Woods est forte, les pays satellites de l'URSS en Europe de l'Est changent de camp, et à l'intérieur la contestation prend de l'ampleur. Les salaires deviennent irréguliers et le régime a le dos au mur. En 1988, la Révolution renonce au socialisme.

Deux ans plus tard, le Général accepta le principe d'une conférence nationale, des états généraux de la nation. Du 19 au 28 février 1990, les Forces vives de la nation font le "procès" du régime sans le condamner puisque le Général est pardonné. La transition instaurée le maintient à la tête du pays jusqu'aux nouvelles élections législatives et présidentielle de 1991 qui ouvraient l'ère du renouveau démocratique. Il est battu par le Premier ministre de transition, Nicéphore Soglo. Mais ce n'était que partie remise pour Kérékou qui venait de se retirer après 18 ans de règne.

1996 : le grand retour du Général

Cinq ans après l'avoir perdu, en 1996, Mathieu Kérékou retrouve le pouvoir qu'il ravit à son grand rival Soglo à l'élection présidentielle avec le soutien d'Albert Tévoédjrè et Adrien Houngbédji. Ayant troqué le treillis contre la veste (sans cravate), Mathieu Kérékou se fait aduler par le peuple. Il renouvellera son bail à la tête du Bénin en 2001 lors d'élections contestées par son rival juré, Soglo et son éphémère Premier ministre Houngbédji. Face à son allié Bruno Amoussou, Kérékou remporte tout naturellement au second tour la présidentielle de 2001 sans coup férir.

Définitivement démocrate

Attendu sur le chantier de la révision constitutionnelle opportuniste, Mathieu Kérékou a l'habileté de séduire encore les Béninois en s'abstinant de tenter de s'accrocher au pouvoir. L'homme a définitivement choisi d'être démocrate. Son pays devient alors "laboratoire" de la démocratie en Afrique. C'est pacifiquement que le Général né en 1933 cède le pouvoir à Boni Yayi, vainqueur de l'élection présidentielle de 2006 à laquelle il n'a pas pris part.

Kérékou s'est surtout construit une réputation d'homme imprévisible. Après son retrait, il se met hors du jeu politique. Il apparaît en public rarement, se prononce encore moins. Mystérieux, il l'aura été jusqu'à son décès à quelques mois de l'élection présidentielle de 2016, de quoi se faire regretter encore plus par les Béninois.

 

Vincent Agué (@afoukin)

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