mercredi, 14 février 2018 09:29

Afrique du Sud: la tension monte dans l'attente d'une démission de Zuma

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L'Afrique du Sud attendait mercredi avec impatience une déclaration publique de son très controversé président Jacob Zuma, qui doit annoncer s'il accepte, ou non, de démissionner ainsi que le lui a ordonné son parti, le Congrès national africain (ANC).

Avec AFP

Les médias locaux bruissaient de rumeurs sur une probable déclaration du chef de l'Etat dans la matinée, depuis son bureau de Union Buildings à Pretoria. Mais la présidence les a battus froid en assurant qu'aucune intervention n'était encore programmée.

Alors que le pays était suspendu aux lèvres de Jacob Zuma, la police a perquisitionné mercredi matin le domicile à Johannesburg de la sulfureuse famille Gupta, au coeur de la plupart des scandales qui impliquent le président.

L'opération a été menée dans le cadre des enquêtes sur la "capture de l'Etat", c'est-à-dire les soupçons de trafic d'influence et de détournements de fonds publics reprochés à la fratrie d'hommes d'affaires proches du chef de l'Etat.

Après des semaines de vaines tractations qui ont plongé le pays dans une crise politique majeure, la direction de l'ANC s'est enfin décidée mardi à sommer Jacob Zuma de quitter ses fonctions.

"Le NEC (Comité exécutif national) a décidé (...) de rappeler le camarade Jacob Zuma", a annoncé le secrétaire général du parti Ace Magashule, quelques heures après une énième réunion marathon qui a illustré les divisions de l'ANC.

Depuis son arrivée à la tête du parti en décembre, le vice-président Cyril Ramaphosa cherche à pousser vers la sortie le chef de l'Etat, éclaboussé par les affaires de corruption, afin d'éviter une catastrophe aux élections générales de 2019.

Le "rappel" de Jacob Zuma a été accueilli en Afrique du Sud par un ouf de soulagement. Mais, faute d'un calendrier imposé à Jacob Zuma, les spéculations sur un nouveau bras d'honneur du chef de l'Etat à son parti ont repris de plus belle.

"Le bon choix"

Ace Magashule a assuré que le président avait "accepté le principe de se retirer" mais à ses conditions, dans un délai de trois à six mois aussitôt rejeté par l'ANC.

"Nous ne lui avons donné aucune date butoir", mais "je sais que le président va répondre demain" (mercredi) à l'ordre du parti, a-t-il ajouté.

Interrogé mardi soir sur la chaîne d'information américaine CNN, le ministre sud-africain des Finances Malusi Gigaba a espéré que le chef de l'Etat annonce rapidement sa démission.

"C'est ce que nous attendons, (...) il va faire le bon choix, ce que le NEC attend de lui", a déclaré M. Gigaba. "Et si ce n'est pas le cas, le NEC mettra en place les procédures pour y remédier."

En théorie, c'est donc la fin pour Jacob Zuma. Sommé de la même manière en 2008 de rendre son tablier, le président de l'époque, Thabo Mbeki, avait obtempéré sans rechigner.

Mais M. Zuma, muet depuis plusieurs jours, n'a aucune obligation juridique de se soumettre à la décision de son parti.

S'il refuse d'obtempérer, l'ANC n'aura pas d'autre choix que de déposer une motion de défiance au Parlement. Son adoption à la majorité absolue des 400 députés forcerait alors M. Zuma à partir.

Le groupe parlementaire de l'ANC devait se réunir mercredi matin pour débattre de la situation politique.

"Sûr de perdre"

"La décision de l'ANC a signé l'arrêt de mort" de M. Zuma, a tranché Ben Payton, analyste au cabinet Maplecroft. "Il n'a pas d'échappatoire possible (...) s'il refuse de démissionner, il sera contraint de partir par un vote de défiance qu'il est sûr de perdre."

Mais la résilience une nouvelle fois démontrée par M. Zuma depuis le début de la crise incite à la prudence.

Lundi soir encore, il a opposé une fin de non-recevoir très sèche à Cyril Ramaphosa, venu personnellement dans sa résidence de Pretoria le prier de se démettre.

L'opposition, qui a réclamé la dissolution du Parlement et des élections anticipées, a vu dans cet épisode la preuve de la faiblesse du nouveau patron de l'ANC.

"Le fait est que Jacob Zuma reste président et garde le pouvoir", a regretté le chef de l'Alliance démocratique (DA), Mmusi Maimane. "La seule façon de l'écarter, c'est de faire voter par le Parlement une motion de défiance", a-t-il insisté.

L'ANC dirige sans partage l'Afrique du Sud depuis la chute officielle de l'apartheid en 1994.

Mais ces dernières années, il a vu son étoile pâlir, victime du ralentissement de l'économie et des nombreux scandales de corruption qui visent l'actuel président.

M. Ramaphosa, qui deviendra - sauf coup de théâtre - le nouveau président, a promis de tourner rapidement la page Zuma.

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