jeudi, 05 avril 2018 16:34

Sierra Leone : transition présidentielle, malgré la contestation du candidat du pouvoir

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La transition était engagée jeudi en Sierra Leone entre le président sortant Ernest Bai Koroma et son successeur Julius Maada Bio, candidat du principal parti d'opposition, proclamé vainqueur quelques heures auparavant de l'élection du 31 mars, puis intronisé dans la foulée.

M. Bio, un ancien militaire de 53 ans, l'a emporté avec 51,81% des voix, contre 48,19% pour le candidat du parti au pouvoir, Samura Kamara, a annoncé tard mercredi le président de la Commission électorale nationale (NEC), Mohamed Conteh.

Dans un message télévisé, M. Kamara a indiqué dans la soirée qu'il allait contester en justice les résultats, qui selon lui "ne reflètent pas les nombreuses inquiétudes de son parti concernant des bourrages d'urnes massifs, des votes surnuméraires et d'autres irrégularités", mais a demandé à ses partisans de rester "calmes et pacifiques".

M. Bio rencontrait jeudi matin M. Koroma à la résidence officielle du chef de l'Etat avec "pour discuter de l'équipe de transition", a déclaré à l'AFP Ali Kabbah, le porte-parole du SLPP, la formation du nouveau président.

Le nouveau président de cette ex-colonie britannique d'Afrique de l'Ouest, un des pays les plus pauvres du monde, a prêté serment deux heures après la proclamation des résultats, lors d'une cérémonie dans un grand hôtel, où il s'est vu remettre par le plus haut magistrat du pays un long bâton de commandement.

Ancien militaire putschiste, Julius Maada Bio avait brièvement accédé à la tête de l'Etat en 1996 en renversant le chef de la junte, le capitaine Valentine Strasser, dont il était le numéro deux, avant de rétablir le multipartisme et de remettre le pouvoir aux civils.

Au lendemain de l'annonce de sa victoire, les partisans de M. Bio célébraient le retour au pouvoir dans du SLPP, après plus de dix ans dans l'opposition.

Des centaines de personnes arborant la couleur verte du parti --tee-shirts, sifflets, ou parfois branches de palmier, le symbole du SLPP -- continuaient à chanter, danser ou à jouer de la vuvuzela et du klaxon dans le centre de la capitale, près du palais présidentiel.

Dynamique régionale

"La Sierra Leone est un pays indiscipliné. Tout le monde fait comme bon lui semble. Il n'y a pas de justice, pas de discipline, des fonctionnaires gouvernementaux irresponsables. Donc nous avons besoin de quelqu'un comme lui, qui est plus discipliné", estimait Alhaji Bah, un partisan de cet ancien militaire, âgé de 19 ans.

"Je suis heureux de l'avènement de Julius Maada Bio, parce que selon son programme, il y aura l'école gratuite en Sierra Leone, et il se battra pour nous doter de bons services de santé", expliquait un autre de ses supporters, Abu Amadu.

Les Etats-Unis et le Nigeria, poids lourd du continent, ont félicité Julius Maada Bio. Le département d'Etat américain a également salué dans un communiqué "la crédibilité de l'élection" ainsi que l'engagement du président Koroma à "une transition politique ordonnée".

Le président nigérian Muhammadu Buhari, lui-même ancien militaire putschiste intronisé lors de la première passation de pouvoirs démocratique de l'histoire de son pays en 2015, a rendu hommage à MM. Bio et Koroma, soulignant que ce scrutin faisait suite à "une série d'élections pacifiques qui se sont tenues récemment en Afrique de l'Ouest".

L'administration Koroma quitte le pouvoir avec un un bilan mitigé. Si elle a réussi à attirer les investisseurs pour reconstruire le pays, dévasté par la guerre civile (1991-2002) qui a fait quelque 120.000 morts, l'économie reste fragile après les chocs de l'épidémie d'Ebola en 2014-2016 et de la chute des cours mondiaux des matières premières.

Au premier tour, le 7 mars, combiné à des élections législatives et locales, M. Bio avait devancé de 15.000 voix M. Kamara, un ancien ministre, 66 ans, personnellement choisi par M. Koroma, qui ne pouvait se représenter après deux mandats, pour porter les couleurs de son parti, l'APC.

La campagne électorale a été marquée par des échauffourées entre partisans des deux camps et une montée des tensions ethniques.

M. Bio s'est engagé à réviser les concessions minières et les avantages fiscaux accordés aux compagnies étrangères et à instaurer une éducation primaire et secondaire gratuite.

Connu pour son franc-parler, il a aussi qualifié d'"arnaques" les projets d'infrastructures financés par la Chine que privilégiait l'administration sortante.

 

AFP

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