jeudi, 11 juin 2015 08:23

Projet de création du barreau de l'Ohada : les avocats béninois dénoncent un "impérialisme" français

Écrit par
0
0
0
s2smodern
powered by social2s

Les avocats béninois étaient dans la rue ce mercredi 10 juin 2015. Vêtus de leurs toges noires, c'est par une marche silencieuse aux abords de la Cour d'appel de Cotonou que ces hommes et femmes habitués aux cours et prétoires ont choisi d'exprimer leur mécontentement...

Les avocats béninois étaient dans la rue ce mercredi 10 juin 2015. Vêtus de leurs toges noires, c'est par une marche silencieuse aux abords de la Cour d'appel de Cotonou que ces hommes et femmes habitués aux cours et prétoires ont choisi d'exprimer leur mécontentement face à un sujet qui touche leur corporation. La raison de leur colère est la création d'un barreau de l'Ohada (Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires) dont le projet est déjà très avancé entre la Cour commune de justice et d'arbitrage de l'organisation (CCJA) et le barreau français.

Après la marche fortement encadrée par les policiers, le bâtonnier de l'ordre des avocats du Bénin, Me. Cyrille Djikui a donné une conférence de presse pour expliquer davantage les raisons de la manifestation. C'était dans la salle d'audience A de la Cour d'appel de Cotonou, en présence de tous ses collègues avec qui il avait marché quelques minutes plus tôt. Il va surtout indiquer pourquoi la création d'un barreau de l'Ohada serait préjudiciable non seulement aux avocats des pays membres de l'organisation, mais surtout aux justiciables.

"L'heure est grave. Très grave", lance-t-il tout de suite comme pour annoncer les couleurs du contenu de son discours. Dans son propos Me. Cyrille Djikui dénonce plusieurs aspects du projet de création du barreau de l'Ohada. Il dénonce en premier lieu la procédure suivie par le projet de création de cette structure. En effet, c'est le Président de la CCJA qui a sollicité la collaboration du barreau de Paris pour la création du barreau de l'Ohada. Pour Me. Djikui, cette attitude qui a consisté à ignorer les avocats des barreaux des pays membres de l'Ohada pour s'adresser au barreau de Paris est un signe de mépris. "Le Président de cette cour [la CCJA] estime qu'il y a un problème de liaison avec les barreaux, ne s'ouvre pas aux bâtonniers de ses différents barreaux, ne s'ouvre pas aux avocats membres de ce barreau. Mais va plutôt s'ouvrir aux avocats français pour lui faire part des difficultés qu'il a avec ceux qui viennent exercer devant lui" se désole-t-il.

"C'est de l'impérialisme"

D'après Me. Cyrille Djikui, le barreau de l'Ohada s'il voit le jour suivant les termes de référence de son projet de création va devenir la seule structure intermédiaire entre les avocats de l'espace Ohada et la CCJA. Or le projet de création de cet organe est mené par le barreau de Paris. Conséquence, les avocats de l'espace Ohada qui ont actuellement la possibilité de plaider directement devant la CCJA seront désormais obligés d'adhérer à ce barreau avant de le faire. Par contre, les avocats français qui doivent appartenir à un des barreaux de l'espace Ohada avant de plaider devant cette juridiction pourront se passer de cette contrainte.

Le projet n'est pas du goût du bâtonnier Cyrille Djikui. C'est pour cela il maintient qu'il faut combattre cette initiative qui menace la corporation mais aussi l'autonomie des barreaux de l'espace Ohada. "C'est une restriction de notre marché, c'est une diminution de de notre pain, c'est tout sauf de l'aide", s'exclame-t-il. Et d'ajouter : "C'est de l'impérialisme, c'est une recolonisation (...). Il s'agit d'un complot ourdi depuis fort longtemps pour nous maintenir sous la coupe de nos confrères français, de la France (...), pour faire de nous des porteurs de valise".

Pour le moment, la réalisation ou non de ce projet controversé est soumise à la décision du conseil des ministres de l'Ohada. L'instance avait déjà donné son avis favorable une première fois. Elle se réunit une seconde fois ce jeudi 11 juin 2015 à Yamoussoukro en Côted'Ivoire pour discuter du même sujet. Il appartient à ses membres de valider ou non le projet.

 

Maurice Thantan

Lu 8517 fois
0
0
0
s2smodern