mardi, 08 août 2017 17:10

Cérémonies ruineuses : que pourra une loi contre de vieilles pratiques ?

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La proposition de loi du député Nazaire Sado fait parler depuis peu au Bénin. Le parlementaire a initié une loi pour encadrer les dépenses lors des cérémonies familiales et singulièrement les obsèques. Avant même son étude à l’Assemblée nationale, certaines voix prédisent un échec au texte. Mais son initiateur reste confiant.

C’est une ordonnance de 1967 que Nazaire Sado veut faire actualiser par l’Assemblée nationale.Selon le nouveau texte proposé par le député, le montant total des dépenses effectuées dans le cadre des cérémonies familiales ne peut excéder 500 000 francs pour les funérailles et 600 000 en ce qui concerne les mariages. Et dans tous les cas, la prise de boissons alcoolisées à ces occasions est proscrite, seule l’eau est autorisée.

Les contrevenants à ces dispositions, si la loi est adoptée, seraient punis d’amende (100 000 francs à un million) ou d'emprisonnement (un à six mois).

“Une loi qui soutient les pauvres”

Critiquée et raillée par certains sur les réseaux sociaux pendant que d’autres personnes la soutiennent, la proposition de loi à polémique répond à des objectifs selon son initiateur. “Il s’agit d’une loi qui accompagne et qui soutient les pauvres”, a déclaré le député Sado sur Radio Bénin. Il s’en est pris aux “riches” qui investissent des millions dans les funérailles de leurs parents et proches :

“Il faut qu’on cesse l’exhibitionnisme dans notre pays ; que tout le monde soit traité de manière égale”.

>> Ecouter un extrait de l'interview de Nazaire Sado, interrogé par Richmir Sagnidjo

Collision avec la tradition

Les pourfendeurs de la loi lui reprochent de vouloir réguler une tradition ancrée dans la société béninoise. Le sociologue Denis Amoussou-Yéyé, est catégorique à ce propos :

“Lorsque ce sont les pesanteurs socio-anthropologiques que nous appelons ‘tendances lourdes’, on ne peut pas lutter contre elles par des décrets et des lois. Ce n’est pas possible.”

Il admet par contre que la loi réussira seulement lorsque la société a évolué et est prête à changer. Or, “ce n’est pas le cas et la société n’est pas prête à ne pas enterrer les morts comme ils (sic) veulent”, selon Denis Amoussou-Yéyé.

Dodji Amouzouvi, lui aussi sociologue, craint l’instauration par cette loi d’une “société à double vitesse : une première qui est légale, juridique et une deuxième qui est sociale”.

Le député Nazaire Sado tient à sa proposition de loi devenue un défi pour lui. “Cette loi doit être votée”, assure-t-il.

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