jeudi, 01 mars 2018 19:00

Construction de la route Calavi Kpota-Hêvié : après les démolitions, les sinistrés s’organisent pour obtenir réparation

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Enième rencontre entre les sinistrés des casses liées à la construction de la route Calavi Kpota-Hêvié ce dimanche 18 février 2018 dans l’enceinte d’une école primaire privée située ce le tronçon. Installés sur l’emprise de la route en chantier, ces propriétaires ont été contraints par la mairie de libérer le 22 janvier les domaines qu’ils occupaient depuis plusieurs années. Ils sont désormais organisés en association pour réclamer des dédommagements, une prétention rejetée par les autorités. Enquête sur les suites d’une opération dont les ruines sont encore visibles à Abomey-Calavi.

Des concessions désormais à découvert des pans de le leurs clôtures étant emportés par les démolitions, des maisons qui ont perdu une, deux, voire trois pièces, des immeubles éventrés, des boutiques ou ateliers détruits,... laissant des débris le long de la voie. C’est le décor désagréable auquel assiste ces derniers jours toute personne qui emprunte la voie pavée quittant Calavi Kpota pour Ouèdo. Toutes ces constructions pour la plupart en matériaux durs sont tombées à l’occasion d’une opération de déguerpissement menée par la mairie. Il fallait libérer selon le maire Georges Bada les espaces ‘’réservés pour accueillir les infrastructures routières et occupées illégalement’’ par la population.

En effet, depuis bientôt un an, les travaux de la construction de la route Calavi Kpota-Hêvié-Cococodji (21 kilomètres) ont démarré. Une route à deux chaussées séparées, large de 30 mètres destinée à évacuer le trafic vers ce côté ouest de la cité dortoir. Mais dans la réalisation de l’infrastructure, Ebomaf, la société en charge de l’exécution de l’ouvrage est confrontée à un véritable casse-tête. Des constructions ont été érigées presque partout de part et d’autre de la trajectoire initiale définie dans le cahier de charge de réalisation. D’où le déguerpissement organisée le 22 janvier 2018 au moyen de d’engins insensibles aux récriminations des populations.

Une opération mal ficelée selon les victimes

Mais cette opération de déguerpissement, n’a pas fait que des heureux. Si du côté des autorités locales et des responsables d’Ebomaf, l’on salue cette opération car elle permet d’avancer véritablement dans les travaux, cela n’est visiblement pas le cas des propriétaires terriens. En effet, ces derniers estiment qu’elles ont été conduites de manière ‘’inhumaine’’ et ‘’n’ont respecté aucune norme légale’’.

‘’Le maire est venu nous voir le 21 janvier à 10h et nous ordonne de dégager les lieux le lendemain avant 8h. Comment on peut en moins de 24 heures s’exécuter ?’’, nous confie Valentin Délou, propriétaire d’une poissonnerie dont les murs sont désormais à terre. J’ai essayé de faire comprendre au maire qu’il est impossible pour moi de déplacer mes deux chambres froides en moins de 24 heures. Et de m’accorder un délai supplémentaire. Une doléance rejetée par la mairie’’, déplore celui qui est maintenant président de l’association des sinistrés.

‘’Moi je pense que les autorités n’ont pas donné la meilleure information au Chef de l’état. Ils lui ont fait croire que nous avions refusé de déguerpir alors que ce n’est pas ça. Des erreurs ont été faites dans la délimitation par la société Ebomaf. Sur la même maison, tu liras, moins 3 mètres, moins 4 mètres [ N.d.l.r., des inscriptions placées sur la clôture des maisons concernées quelques semaines avant l’opération de déguerpissement]’’, fait observer de son côté le promoteur d’une école privée qui a requis l’anonymat. ”Dans ces conditions, quelle limite je devrais prendre en compte avant leur arrivée ?’’, se demande-t-il.

La mairie de Calavi et l’IGN pointés du doigt

Pour justifier ces opérations, les autorités locales, ont mis en avant un plan de voirie qui remonterait à l’année 1963, au lendemain de. Ce plan prévoit un passage de 30 mètres de large, selon les autorités. Mais du côté des sinistrés, l’on dénonce la mauvaise organisation et le manque d’information à l’endroit de la population par la mairie et l’Etat central représenté par l’Institut géographique national (IGN).

‘’De 1963 à aujourd’hui, plusieurs conventions de vente ont été signées par la mairie de Calavi’’, réagit Valentin Délou.Pour lui, l’administration a failli à ce niveau à son devoir puisqu’elle devrait prendre dès lors les mesures nécessaires pour empêcher l’installation des populations sur ces domaines réservés au passage d’une route :

"Rien a été fait et même le service des domaines de l’Etat a délivré régulièrement des titres fonciers à des propriétaires terriens dans ces domaines. Venir dire aujourd’hui que nous occupons illégalement un espace et de partir sans préavis et sans dédommagement est une injustice."

Le maire George Bada s’en défend

Des accusations rejetées par la première autorité de la commune qui estime avoir pris le temps nécessaire pour communiquer et amener la population à libérer les espaces. Le maire Georges Bada qui refuse de se prêter à nos demandes d’interview s’était justifié sur la chaîne de télévision privée Canal 3 :

‘’C’est une opération de grande envergure sur laquelle nous avions eu plusieurs fois à communiquer. Ils ne pouvaient de leurs propres main humainement commencer à détruire ce qu’ils ont construit eux-mêmes. Je vous assure, nous allons continuer les sensibilisations dans trois ans, qu’aucune voie ne sera réalisée à Abomey-Calavi.’’

Indemnisation au lieu du dédommagement réclamé

Pour les autorités locales, il n’est point question de dédommagement mais plutôt d’une indemnisation. En effet, selon le maire Georges Bada, la population a profité de la lenteur observée dans la viabilisation de la commune pour s’installer anarchiquement. ‘’ Dans ce cas d’espèce, l’article 22 de la Constitution n’est pas applicable. Il ne s’agit pas d’un dédommagement à la population ; il s’agit plutôt d’une indemnisation”, avait déclaré le maire.

Par ailleurs, l’indemnisation ne saurait intervenir avant le déguerpissement compte tenu de l’urgence de la question, selon ses explications. Il a par ailleurs invité la population au calme et à la compréhension car pour lui, “on ne saurait faire des omelettes sans casser des œufs”.

Mais sur quelle base se fera cette indemnisation ? Combien recevra chaque sinistré ? Et à quel moment cela interviendra-t-il ? Autant de questions que le maire aurait aidé à éclaircir.

On sait tout au moins que le gouvernement a effectivement prévu l’indemnisation des sinistrés. Une cagnotte globale d’environ 1,3 milliards de francs CFA a été annoncée par le conseil des ministres du 17 janvier 2018. Elle servira à indemniser plus de 1 300 personnes dont les propriétés immobilières ont été touchées par la construction de deux projets routiers y compris celui du tronçon Calavi Kpota-Hêvié.

Timide reprises des activités

En attendant les indemnisations, la vie reprend peu à peu sur le tronçon Calavi Kpota-Ouèdo au lendemain des destructions. Pour les commerçants installés au bord de cette voie, c’est une situation difficile à vivre. C’est la deuxième fois dans l’intervalle d’un an qu’ils sont victimes de déguerpissement. D’abord en 2017, à la même période, suite à l’opération de libération des espaces publics initiée par le gouvernement, plusieurs d’entre eux ont vu détruire leurs boutiques totalement ou partiellement. Mais cette fois, les dégâts sont plus importants dans la mesure le peu d’espace qui leur restait est une portion de route.

Le propriétaire d’une cafétéria installé sur le tronçon, victime des casses, fait partie des premiers à reconstruire et relancer leurs activités. "Je n’ai pas le choix. J’ai déjà ma clientèle ici et cela me marche bien. Sauf que c’est difficile de refaire le même investissement deux fois de suite en moins d’un an. J’espère que cette fois-ci, c’est définitif’’, s’est-il plaint.

Comme lui d’autres propriétaires s’affairent pour la reconstruction de leurs maisons ou boutiques. Mais ce n’est visiblement pas le cas partout. Les moins nantis utilisent les moyens de bord pour protéger leurs maisons ou pour étaler leurs marchandises. Ils n’espèrent qu’une seule chose, une aide financière de l’Etat afin de se relever.

Une association pour réclamer justice

Réunis en association, les propriétaires victimes des cassesentendent utiliser toutes les voies légales pour se faire entendre et obtenir réparation.

‘’Depuis notre première réunion à ce jour, plus d’une soixantaine de dossiers ont déjà été constitués et d’autres viendront dans les tout prochains jours’’, nous confie Valentin Délou tout confiant. ‘’ Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que les autorités nous écoutent et prennent en compte nos doléances. Nous n’avons nullement l’intention de nous agiter ni d’aller à la rébellion. Nous ferons les choses comme il le faut ‘’, assure celui sur qui les sinistrés compte pour défendre leurs droits dans cette affaire.

 

Helvice Anato

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