dimanche, 22 avril 2018 14:33

A Nouakchott, la société civile se prépare à la session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples

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Nouakchott, la capitale de la Mauritanie va accueillir du 25 avril au 9 mai 2018 la 62ème session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples. Avant cette rencontre, les acteurs de la société civile, réunis au cours d’un forum du 21 au 23 avril, font l’état des lieux de la situation des droits de l’Homme en Afrique.

Près de trois cents délégués de la société civile, responsables d’organisations non gouvernementales ou d’associations sont réunis à Nouakchott pour réfléchir sur leur participation à la 62ème session ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Le forum, organisé par le Centre africain pour la démocratie et les études sur les Droits de l’Homme, veut instaurer un dialogue entre les organisations de la société civile, partager les expériences et surtout harmoniser les positions avant la session de la Commission.

A l’ouverture du forum de la société civile, les acteurs de la société civile mauritanienne militant pour la défense des droits de l’Homme ont tous salué le choix de la Mauritanie pour accueillir l’événement. Le pays, souvent cité pour des violations des droits de l’homme, a encore du chemin à faire sur ce sujet et le fait d’accueillir le forum de la société civile ainsi que la session de la Commission est une volonté manifeste selon Cheikh Tourad Ould Abdel Malik, le commissaire aux droits de l’Homme et à l’action humanitaire de la Mauritanie, représentant le gouvernement mauritanien.

Situation contrastée

Le forum a démarré par un premier panel consacré à l’état des lieux de la situation dans les cinq régions de l’Afrique (Nord, Sud, Centre, Est et Ouest). Les différents délégués sous régionaux ont relevé que même s’il y a des éclaircis à noter sur l’horizon des droits de l’Homme sur le continent, le tableau reste globalement sombre dans les cinq régions. Ainsi, si on peut saluer un vrai renforcement du droit des femmes en Tunisie, la liberté de presse et d’expression demeure un vrai défi dans la plupart des pays d’Afrique du Nord et en Mauritanie aussi.

Les répressions des manifestants au Togo, les coupures d’Internet au Cameroun, les viols et répressions de manifestants en RDC, la non organisation d’élections en Érythrée depuis 1993 sont autant de violations des droits de l’Homme relevés par les panélistes. Considéré comme une victoire des droits de l’Homme, la condamnation du seigneur de guerre libérien Jingle Jaba est l’un des points positifs soulignés au cours de ce panel. Il en est de même pour les transitions démocratiques au Libéria et au Sierra-Leone ainsi que les démissions des anciens présidents zimbabwéen et sud-africains. Ces événements sont considérés comme le respects de la volonté du peuple.

2018 04 22 mauritanie societe civile droits humains panel

Lutter contre les mutilations génitales féminines en Afrique

Cependant, c’est le panel sur la situation des femmes et des filles face aux mutilations génitales qui va cristalliser les positions. Pour la plupart des panélistes, les États africains ont fait des efforts d’adoption des textes de lois réprimant les mutilations génitales féminines. Mais l’application des textes fait face à difficultés persistantes. Partageant l’expérience du Bénin en la matière Me. Huguette Bokpè Gnancadja, avocate et coordonnatrice nationale du Wildaf, a expliqué que les avancées faites au Bénin ont été réalisées au pas forcé.

Bien que n’étant pas un pays particulièrement touché, le Bénin s’est doté, en 2003, d’une loi portant prévention et répression des mutilations génitales féminines. En 2012, dans la même logique, un nouveau texte de loi portant sur la prévention et la répression des violences faites aux femmes a été adopté. Parallèlement, l’action de la société civile à travers les procès et les procédures judiciaires contre les praticiens des mutilations génitales féminines ont permis de réduire de moitié le taux de prévalence en moins de 15 ans. Ce taux est passé de 14% en 2003 à 7% ces dernières années, a confié l’avocate béninoise. Pour elle, "le plus grand combat est de faire comprendre que les mutilations génitales féminines constituent une atteinte aux droits fondamentaux de la personne humaine".

Mais dans de nombreux pays comme la Mauritanie, le phénomène est encore entouré de pudeur. Les familles peinent à dénoncer les auteurs de ces pratiques et les officiers de police judiciaire cherchent toujours une médiation en violation de la loi. C’est pour cela que Fatoumata Sow, militante des droits des femmes mauritanienne appelle les hommes, qui ne se sentent pas souvent concernés par ces questions à prêter main forte aux femmes. "Il ne faut pas considérer les mutilations génitales féminines comme un sujet exclusivement féminin. C’est un sujet de société", a-t-elle déclaré.

En clôture de cette première journée, les participants se sont répartis en petits groupes de travail. Ce sont des groupes de réflexions sur 18 différents thèmes spécifiques partant du droit d’accès à l’information aux droits des personnes âgées en passant par le droit d’accès à la terre, la prévention de la torture, la paix et la sécurité en Afrique, etc. Au-delà des panels, ce sont les réflexions et recommandations issus de ces groupes d’intérêts spécifiques, adoptés en plénière, qui constitueront la trame essentielle de la position de la société civile aux cours des travaux de la Commission qui se réunit à partir du 25 avril.

Alors que les premiers délégués de l’Union africaine ont commencé à fouler le sol mauritanien, les organisations de la société civile ont encore deux jours pour harmoniser leurs positions sur les différents sujets avant le début de la session au Palais des Congrès de Nouakchott.

 

 

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