dimanche, 26 février 2017 15:25

[Série] Conférence nationale : le 26 février 1990, Kérékou qualifie un rapport de coup d’Etat

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 Le 26 février 1990, la Conférence nationale des Forces Vive est à son huitième jour, au lendemain de l’adoption de la proclamation de souveraineté. C’est donc confiants et rassurés, que les responsables des commissions vont présenter les conclusions des travaux de celles-ci qui avaient encore travaillé dans la matinée de ce 26 février. A la séance plénière de l’après-midi, la Conférence devait écouter les rapports et les adopter.

Nicéphore Soglo est le premier à prendre la parole au nom de la Commission des affaires économiques et sociales qu’il a dirigée et qui a travaillé à partir du 23 février 1990 au Stade de l’Amitié de Kouhounou comme les deux autres commissions. Le Général Kérékou avait un intérêt particulier pour ce rapport. Car, rappelons-nous, le président avait assigné à la Conférence, la mission de proposer un “nouveau projet de société” pour sortir de la crise économique qui a conduit à la signature en juin 1989 du Programme d’ajustement structurel avec les institutions de Bretton-Woods.

Le rapport de Nicéphore Soglo critique sans complaisance la gestion économique opérée sous la révolution et qui a conduit à la faillite des banques et des sociétés d’Etat (près de 120) et surtout à l’insolvabilité de l’Etat incapable de payer les salaires aux fonctionnaires en grève. “Le lien étroit entre les activités des entreprises publiques et le budget [de l’Etat, Ndlr] a aggravé le déficit budgétaire qui atteint 9% du produit intérieur brut”, affirme l’ancien fonctionnaire de la Banque mondiale en présence de Mathieu Kérékou peu convaincu. Il l’est encore moins des suggestions.

Le rapport suggère notamment de faire un audit des recrutements à la fonction publique à partir de 1983, de “faire rendre gorge aux bénéficiaires du laxisme des banques en matière de distribution de crédit.”

La réaction de Mathieu Kérékou ne se fait pas attendre. Pour lui, le rapport n’est rien d’autre qu’une théorie insuffisante à côté du Discours-programme du Gouvernement militaire révolutionnaire du 30 novembre 1972 (prononcé à Abomey un mois après son coup d’Etat du 26 octobre de la même année). Mieux, le Général reproche à Nicéphore Soglo de n’avoir pas aidé son pays alors qu’il était en fonction à la Banque mondiale. Accusation à laquelle l’intéressé répond :

“J’ai été le premier en 1979 à attirer votre attention sur la situation alarmante de l’économie béninoise qu’on ne saurait redresser sans recourir au FMI et à la Banque mondiale. Malheureusement, je n’ai pas été écouté et la situation a eu le temps de s’empirer.”

“Nous ne pouvons pas démissionner”

Le deuxième rapport présenté est celui de la Commission des affaires constitutionnelles présidée par le professeur Maurice Ahanhanzo-Glèlè. Son contenu ne ménage pas Kérékou. Certes, les commissaires proposent le maintien du Général à son poste mais ils veulent qu’un Premier ministre soit désigné par la Conférence et que celui-ci exerce la plénitude des pouvoirs de chef du gouvernement pendant une année de transition. Transition à l’issue de laquelle, de nouvelles élections auraient lieu sur la base d’une nouvelle Constitution.

Mathieu Kérékou qui s’était retiré s’invite à nouveau à l’Hôtel PLM-Alédjo. Il rejette le rapport :

“Si c’est un coup d’Etat, les décisions ne nous engagent pas. Nous ne pouvons pas démissionner. Vous pouvez nous destituer. Nous ne pouvons pas utiliser les moyens du peuple pour réprimer le peuple. Nous ne pouvons écrire une Constitution avec une goutte de sang. Il faut en finir avec les coups d’Etat civils et militaires. Il ne me paraît pas possible de démissionner.”

Il se faisait tard. On était déjà mardi 27 février 1990 ; à 1h 45 environ, le président de la Conférence, Mgr Isidore de Souza décide de suspendre les travaux. Ils reprendront dans la journée et marqués par l’élection du nouveau Premier ministre.

A suivre...

(Re)lire aussi >> [Série] Conférence nationale : la proclamation de souveraineté, le grand tournant

[Série] Histoire de la Conférence nationale : le jour où Kouandété a menacé de faire un putsch

[Série] Histoire de la Conférence nationale : le 23 février 1990, les objectifs de la Conférence se précisent
[Série] Bénin : L’histoire de la Conférence nationale des Forces vives de février 1990

 

 

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