mardi, 18 décembre 2018 14:18

L’agroécologie, gage de sécurité alimentaire pour l'Afrique

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« L’agriculture participe au réchauffement climatique. Elle en subit les conséquences car elle émet 13,5 % des gaz à effet de serre mondiaux. Elle émet du méthane, Ch4 via l’élevage, flatulence des ruminants par exemple et certaines cultures comme le riz, du protoxyde d’azote (N2o), majoritairement via l’épandage d’engrais azoté étudié au dioxyde de carbone (Co2) via les machines et certaines pratiques telles que les feux de savane. Ensuite l’agriculture subit les conséquences du changement climatique ».

Ce résultat de recherche de la Fondation Nicolas hulot pour la Nature et l’homme montre bien le rôle que joue l’agriculture conventionnelle et intensive dans le réchauffement climatique. Pour l'Organisation des Nations Unies (ONU), l’agroécologie serait le modèle de l’avenir pour pallier la situation. Des raisons qui ont poussé Homer Agoligan, paysan de son état, à opter pour l’agriculture écologique et biologique sur sa ferme agro-pastorale au nord-ouest du Bénin à Djougou, ville située à 470 km de Cotonou, la capitale économique du Bénin. "

Avec l’agroécologie paysanne, on tient compte de la santé de la terre, on tient compte des semences ce qui maintient la biodiversité. Notre pays le Bénin est proche de cette agriculture où l’homme et l’environnement se côtoient. On ne peut pas séparer la production végétale de la production animale pour dire que nous faisons de l’agriculture écologique. L'agroécologie est une méthode alternative aux grosses machines agricoles et qui permet de limiter le recours aux énergies fossiles. La présence d’un animal tel qu’un bœuf ou un cheval peut fournir, en outre, le fumier nécessaire à une exploitation. Et pour faire de l’agriculture, il faut avoir la semence et nous parlons ici des semences paysannes", déclare Omer Agoligan.

L’activiste paysan rassure que face aux limites des modèles productivistes conventionnels, l’agroécologie émerge aujourd’hui comme une réponse possible aux défis du XXIe siècle : sécurité alimentaire, environnement et emploi. "Les pays du Sud en particulier doivent faire face à de nombreuses difficultés tant agro-climatiques que socio-économiques. L’agroécologie vise à la fois une production agricole durable et résiliente, le renforcement de l’autonomie des paysans, la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique", poursuit-il.

Mohamed Nasser Bako, sociologue des ressources naturelles, Directeur du laboratoire société environnement de l’Université de Parakou, va dans le même sens que le paysan et précise. "En 2012 déjà les réflexions au niveau du sommet mondial sur la terre et l’environnement ont retenu que le modèle de l’agriculture qui va permettre à ce que nous nous développions mieux, c’est le modèle agro-écologique. L'agroécologie permet de s'adapter à la crise climatique. L’agroécologie apparaît de plus en plus comme une réponse pertinente à la problématique d’adaptation agricole des régions sèches comme le Nord-Bénin".

L’agroécologie est une solution naturelle pour atténuer le réchauffement climatique et pour rendre les sols plus fertile. En plus, avec l’agroécologie, la pollution atmosphérique et les autres problèmes connexes suscités seront conjugués au passé.

Outre son côté protecteur de la nature, l’agroécologie garantit la sécurité alimentaire des populations. Le professeur Amadou Coulibaly, entomologiste malien et spécialiste en agroécologie paysanne, l’explique. "C’est l’agroécologie paysanne qui assure la souveraineté alimentaire et tout ce que le paysan produit dans l’agroécologie n’est pas seulement pour se nourrir mais aussi pour se soigner". L’enseignant chercheur s’appuie sur des rapports publiés par International Panel of Experts on Sustainable Food Systems (Ipes – Food). "Au moins 795 millions de personnes ont fait face à une insécurité alimentaire chronique en 2016. La moitié de la population mondiale souffre de malnutrition, alors que l’agriculture mondiale produit suffisamment pour couvrir les besoins énergétiques de 12 milliards de personne. D’après Ipes – Food, « le système alimentaire industrialisé favorise les aliments transformés bon marché, riches en énergie mais pauvres en contenu nutritionnel (aussi appelés “calories vides”) et tend à maintenir la malnutrition.

Ce système alimentaire mondialisé associé à une agriculture et un système d’élevage industriels n’apporte pas de réponse aux défis conjoints de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et du changement climatique. Au contraire, il a une grande part de responsabilité dans la dégradation de l’environnement, l’effondrement de la biodiversité, la pression sur les ressources naturelles et les émissions de gaz à effet de serre. Il a aussi un impact social désastreux, comme la disparition des savoir-faire traditionnels et adaptés aux conditions locales, la concentration des richesses, l’exclusion des plus vulnérables, la propagation des maladies et la malnutrition sous toutes ses formes ».

Face aux corollaires de l’agriculture conventionnelle, le Professeur Amadou Coulibaly, agroécologiste malien conclut : « Cette agroécologie paysanne est une ressource inépuisable et renouvelable pour la santé de notre environnement, la santé de notre peuple. Donc le savoir-faire paysan, sans ça nous allons tout perdre. Les politiques doivent être à l’écoute afin qu’ils comprennent ».

Les millions de petits agriculteurs africains peinent aujourd’hui à nourrir leurs familles. Pourtant, ils vont devoir répondre aux besoins d’une population qui va doubler d’ici 2050. L’agriculture agroécologique est donc conseillée pour mieux protéger la nature et nous mettre à l’abri des impacts de l’agriculture intensive et conventionnelle, source incontestable de la pollution atmosphérique et de la crise climatique et de l’insécurité alimentaire.

 

Chamsou- Dine BAGUIRI

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