mardi, 25 juin 2019 17:03

Après les évènements de Tchaourou, l’implication supposée des chasseurs traditionnels en débat

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Les violences post-électorales qui ont secoué les villes de Tchaourou et de Savè auraient impliqué des chasseurs traditionnels. Ces derniers auraient, munis de leurs fusils et gris-gris, affronté policiers et militaires suscitant des interrogations sur l’intrusion de ces acteurs de la sécurité des anciens royaumes africains dans les conflits politiques.

Sur le rôle des chasseurs traditionnels dans les affrontements entre populations et forces publiques à Tchaourou et Savè, le président de la Confrérie des chasseurs du Bénin est formel : son organisation n’a tenu aucune réunion officielle pour engager ses membres dans les manifestations.

En réalité, les chasseurs sont souvent sollicités par des politiques pour défendre leurs intérêts dans un conflit, selon le professeur Léon Bani Bio Bigou, enseignant de géographie à l’Université d’Abomey-Calavi.

Une instrumentalisation que reconnaît Assika Yèkini. A l’en croire, des chasseurs traditionnels bien identifiés ont pris part aux affrontements mais à titre individuel. Dans une autre interview qu’il a accordée Frissons Radio de Cotonou, il affirme même que trois des chasseurs ont été tués à Tchaourou. Un fait qu’il avance pour réfuter les idées répandues dans l’opinion sur la supposée invulnérabilité des chasseurs aux balles du fait de leurs pouvoirs mystiques.

Alliés des forces publiques

Une chose qui ne souffre par contre d’aucun doute, c’est l’association des chasseurs traditionnels à la lutte contre le grand banditisme. Dans le nord du Bénin, ces odè (en yoruba) ou danbaka (en baatonu) ont depuis plusieurs années aidé les forces publiques à assurer la sécurité sur les routes. C’est en 2007 que les chasseurs traditionnels du nord ont proposé une tel service aux responsables de la gendarmerie et de la police qui l’ont accepté, fait savoir Assika Yèkini.

De forces traditionnelles non commises à des missions officielles, les voilà donc alliées des forces publiques. Les chasseurs bénéficiaires d’une telle position ne manqueront pas de s’en prévaloir plus tard pour prétendre à des fonctions plus importantes, selon le politologue Mathias Hounkpè :

“Partout où vous avez vu ces forces intervenir, soit c’est parce que de façon tacite, l’Etat les a laissés contribuer à la garantie de la sécurité et donc leur a donné une sorte de légitimité qu’ils utilisent après pour intervenir dans les conflits. Ou alors une fois que les conflits sont nés, une partie des forces belligérantes les utilise comme supplétifs à leurs propres forces.”

“Leur gestion devient difficile après”

Le cas ivoirien avec des “dozos” devenus “encombrants” pour l’Etat après leur intrusion dans la mission de sécurité est édifiant quant aux conséquences de l’utilisation des chasseurs traditionnels dans les fonctions officielles ou dans les conflits. L’ONU a, dans un rapport, accusé les "dozos" d’abus des droits de l’homme comme des meurtres entre 2009 et 2012 en Côte d’Ivoire.

“Ce sont des forces dont les armes ne sont pas nécessairement traçables ; des forces dont vous n’avez même pas idée de l’effectif. Ce caractère informel qu’elles ont fait que toutes les fois où vous les impliquez, leur gestion devient difficile après”, relève Mathias Hounkpè qui indique néanmoins des pistes pour contrôler l’activité des chasseurs traditionnels. Il faut les recenser en temps de paix, “tracer les armes dont ils disposent et les rendre responsables des actes qu’ils posent” selon le politologue. Tout ceci dans l’équité.

En mars 2019, le ministre de l’Intérieur, Sacca Lafia, a sommé les détenteurs illégaux d’armes à feu de rendre leur matériel aux forces publiques. Le communiqué visait, sans les nommer, les chasseurs traditionnels qui venaient de faire parler car ils auraient participé aux premières violences à Kilibo, dans le département des Collines avant les élections législatives du 28 avril. 

Mais il ne faut surtout pas interdire la détention de fusils chasse par lesdits chasseurs, pense pour sa part Denis Amoussou Yeye, professeur de sociologie. Il faut savoir les écouter pour profiter de leurs valeurs et connaissances, suggère aussi Léon Bani Bio Bigou.

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