mercredi, 26 décembre 2018 21:51

Procès Icc Services : des confessions et des confusions à la reprise des débats

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Les débats ont repris ce 26 décembre à la CRIET qui juge l’affaire Icc Services, le scandale financier chiffré à plus de 150 milliards de francs Cfa illégalement collecté par la structure de placement d’argent entre 2006 et 2010. Ce sixième jour du procès a été marqué par les aveux de deux ministres et les déclarations contradictoires de deux anciens officiers de la police.

L’ancien ministre de l’Intérieur, Armand Zinzindohoué qui dépose devant la CRIET en tant que sachant depuis la semaine dernière a été confondu par son ancien collaborateur, directeur général de la police nationale à l’époque, Osséni Maïga Anki Dosso. Ce dernier, qui avait fourni à la Cour des documents pris aux archives de la Police, a maintenu devant la Cour que son ancien patron était bien au courant des activités d'Icc Services avant mars 2010 date à laquelle Armand Zinzindohoué affirme avoir découvert l’affaire en conseil des ministres.

M. Anki Dosso appuie ses propos par deux documents : l’autorisation d’importation d’arme perfectionnée et le permis de port d’arme signés par le ministre de l’Intérieur au profit d’Emile Tégbénou, un responsable de Icc Services. Les rapports ayant précédé la délivrance de ces documents ont mentionné la fonction d’employé à Icc Services d’Emile Tégbénou selon l’ancien directeur général de la Police nationale qui déplore au passage la célérité du traitement de ces dossiers du fait de la pression. Par qui et sur qui ? Les réponses de l’ancien patron de la police seront vagues.

Mis devant le fait accompli, l’ancien ministre de l’Intérieur avoue, après vérification, que ces documents portent bien sa signature. Il estime cependant qu’il n’était pas censé tout savoir des actes soumis à sa signature ministérielle et qui sont paraphés par les cadres techniques. Au surplus, se défend-il, Emile Tégbénou a été présenté dans les deux documents comme “gestionnaire d’entreprise”.

Un ou deux détenus reçus par le ministre de la Justice ?

L’ancien ministre de la Justice (qui a remplacé Victor Topanou dans le gouvernement recomposé après l'éclatement du scandale), Grégoire Akoffodji a fait son apparition dans le groupe de sachants devant la CRIET. Il reconnaît avoir reçu à son domicile à Cotonou l’un des accusés (emprisonnés), Guy Akplogan, à la demande de l’avocat de ce dernier qui a voulu cette rencontre afin de permettre au Pdg d’Icc Services d’expliquer son plan de restitution des épargnants qu’il mettrait en oeuvre s’il était libéré. L’ancien ministre avoue que cela peut paraître “indécent” de recevoir un détenu chez lui, mais les circonstances l’y obligeaient selon ses dires. C’est un manquement grave lui a répondu le procureur spécial de la CRIET, Gilbert Togbonon.

L’autre accusé, Emile Tégbénou, malgré ses indications sur la situation géographie du domicile de l’ancien ministre de la Justice où lui aussi aurait été reçu, s’est confronté à un "non" catégorique de Grégoire Akoffodji. Celui-ci déclare n’avoir jamais rencontré Emile Tégbénou avant cette audience du 26 décembre devant la CRIET.

Trois millions retrouvés chez Emile Tégbénou

Le mystère de la disparition de 27 milliards des coffres-forts d’Emile Tégbénou n’a pas encore été percé. Au contre, le flou s’épaissit autour de cette allégation de l’accusé. L’ancien directeur général de la Police a déclaré ce jour que l’équipe de perquisition dépêchée au domicile du responsable d’Icc Services n’avait recueilli que la somme de trois millions dans un coffre-fort, le plus grand des trois, les deux autres étant ouverts et vides. Selon M. Anki Dosso, Emile Tégbénou était présent lors de la perquisition et aurait même guidé les officiers de police judiciaire chargés de l’opération que lui ne faisait que superviser pour le compte du comité de suivi, l’une des trois structures mises en place le gouvernement pour gérer l’affaire Icc Services en 2010.

Le montant de trois millions bien loin des 27 milliards que prétend Tégbénou est confirmé par le commissaire ayant dirigé la perquisition mais avec quelques nuances. Cinq descentes auraient eu lieu au domicile d’Emile Tégbénou et chaque fois en présence du patron de la police de l’époque qui ne se reconnaît pas dans ces déclarations. Emile Tégbénou l’est encore moins. Il rejette toutes ces versions des anciens flics et maintient qu’il était cagoulé lors de l’unique perquisition dont il a été témoin et qui aurait abouti à l’enlèvement de la somme de 27 milliards 50 millions… Le mystère reste donc entier ; l’avocat des victimes de l’escroquerie tente une question poussée à l’endroit de l’ancien patron de la police : lui et ses hommes ont-ils senti l’odeur de l’argent dans les coffres-forts retrouvés vides selon ses déclarations ?

Dénonciations d’intimidations

Fait notable de l’audience du jour, c’est cette déclaration de plusieurs avocats qui se plaignent d'intimidations et de menaces par des personnes qui font entrave à la manifestation de la vérité. Qui sont-elles ? Qu’ont-elles fait exactement ? On ne sait rien de ces détails, mais la dénonciation est prise au sérieux par le président de la Cour qui invite le procureur à prendre les dispositions qui s’imposent. Les auteurs de ces intimidations “seront extirpés de notre société”, a martelé le procureur spécial Togbonon.

 

Retrouvez tous les articles du procès Icc Services ici >> Les échos du procès ICC Services

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