31 Août
De 1960 à nos jours, la direction Bénin a connu une succession de régimes civils et militaires avec comme caractéristique principale l’instabilité politique dès les premières années post-décolonisation.  Nous vous proposons un bref récit des faits majeurs ayant marqué la présidence de chacun des dirigeants de l’ex-Dahomey en 60 ans d’indépendance.

Après la stabilité retrouvée dès 1972 au prix d’une dictature militaro-marxiste, la Conférence nationale des forces vives de février 1990 a ouvert l’ère démocratique du pays. Et depuis, la machine semble bien en marche au moins du point de vue de l’alternance au sommet de l’Etat. Voici notre brève histoire de la succession des régimes ayant dirigé le Bénin depuis 1960.


Hubert Maga (décembre 1960 – octobre 1963) : le décollage tumultueux

Hubert Maga est élu président de la République aux élections législatives et présidentielles du 11 décembre 1960 pour un mandat de 5 ans. Avant cette élection, c’est en tant que Premier ministre, chef de l’Etat, élu aux législatives d’avril 1959, qu’il avait proclamé l’indépendance le 1er août. En décembre 1961, le premier président de la jeune République indépendante lance un plan quadriennal de développement dans le cadre d’un programme prospectif de 20 ans. Mais une fronde socio-politique aura raison de son régime balayé par un coup d’Etat militaire du chef d’Etat-major général des forces armées, le Colonel Christophe Soglo.

 


Christophe Soglo (octobre 1963 – janvier 1964) : Mettre de l’ordre et se retirer

Auteur d’un putsch militaire contre le régime de Hubert Maga, le chef d’Etat-major général prend le pouvoir le 28 octobre 1963, proclame la dissolution de toutes les institutions et la suspension de la Constitution du 26 novembre 1960. Il interdit tous les partis politiques au Dahomey au profit de la création d’un grand parti national rassemblant tous les acteurs politiques de l’époque. Dans la foulée, sera créé le Parti Démocratique Dahoméen et adoptée par référendum une nouvelle Constitution. A l’issue des élections présidentielles et législatives, l’officier supérieur quitte le pouvoir tout en gardant un œil là-dessus…


Marcellin Sourou-Migan Apithy (Janvier 1964 – novembre 1965) : la rançon des intrigues politiques 

Vice-président du régime de Maga, il s’allie à la chute de ce dernier, à l’ancien président de l’Assemblée nationale Justin Ahomadégbé aux élections du 19 janvier 1964. Il est élu Président de la République et son allié hérite du poste de Président du conseil (Vice-président, chef du gouvernement). Investi le 25 janvier 1965, Apithy, retrouve le sommet de l’Etat pour un mandat de 5 ans rapidement écourté par ses mécompréhensions avec son Vice-président. Fin novembre 1965, le duo démissionne à la demande de l’armée. Le président Apithy, expert-comptable de profession est né le 8 avril 1913 à Porto-Novo. Il décède à 76 ans le 3 décembre 1989 à Paris.

 


Tahirou Congacou (novembre – décembre 1965) : la transition ratée

 

Président de l’Assemblée nationale depuis 1964, il devient président de la République par intérim à la démission de Marcellin Sourou-Migan Apithy le 29 novembre 1965 en vertu des dispositions de la Constitution. Le gouvernement provisoire qu’il forme le 1er décembre 1965 disposait de 50 jours maximum pour organiser l’élection du nouveau président de la République. Il ne passera que 21 jours aux commandes de l’Etat.

 

 


Christophe Soglo (décembre 1965 – décembre 1967) : l’officier nettoyeur devient gouverneur

Le chef d’Etat-major général siffle la fin de la récréation politique en balayant le gouvernement provisoire de Tahirou Congacou le 22 décembre 1965 et reprend le pouvoir. L’officier promu général de brigade depuis février 1964 assume le retrait du pouvoir aux civils manifestement incapables et irresponsables selon lui. Pour apaiser le pays et le mettre sur les rails, le chef militaire met en place un Comité de rénovation nationale au bilan mitigé. Le régime militaire sera balayé par un coup d’Etat.

 

 


Maurice Kouandété (17-21 décembre 1967) : Entrée en scène d’une nouvelle génération de militaires

Le 17 décembre 1967, à la tête d’un groupe de militaires, les “Jeunes cadres de l’Armée”, le Commandant Maurice Kouandété dépose le plus haut-gradé de l’armée et chef d’Etat, le Général Soglo. Pour réussir son coup, le groupe de Kouandété prend le soin d’arrêter tous les chefs militaires à commencer par le chef d’Etat-major général et son adjoint. Le meneur du coup d’Etat forme alors un gouvernement provisoire presque exclusivement militaire, un seul civil étant nommé ministre, qui ne gouverna pas.


Alphonse Alley (décembre 1967-juillet 1968) : Le casse-tête électoral 

Chef d’Etat-major général des forces armées dahoméennes au moment du coup d’Etat du Commandant Kouandété, Alphonse Alley a été comme tous les autres chefs militaires mis aux arrêts par les Jeunes cadres de l’Armée. Mais quelques jours après l’humiliation infligée à leur hiérarchie, les putschistes décident de confier les rênes au pays au Lieutenant-colonel Alphonse Alley. Le meneur du putsch, Kouandété demeure cependant chef du gouvernement. La junte se donne 6 mois pour organiser des élections et transférer le pouvoir à un régime constitutionnel civil. Pour y parvenir, elle décide d’interdire les candidatures de tous les anciens présidents, vice-présidents de la République ainsi que de leurs ministres. L’objectif est clair : renouveler la classe politique en boutant dehors les anciens leaders accusés d’entretenir des clivages préjudiciables à l’unité nationale. Aux élections présidentielles du 5 mai 1968, cinq candidats s’affrontent. Ce sont effectivement de nouveaux visages sur la scène politique. Parmi eux, Dr Basile Adjou Moumouni cadre de l’Organisation mondiale de la Santé en poste à Brazzaville. Il obtient 84% des suffrages. Mais le 9 mai à la grande surprise, le chef de l’Etat sur la base d’une décision du conseil des ministres annonce qu’aucun candidat ne peut être déclaré élu en raison d’un taux de participation faible.


Emile-Derlin Zinsou (juillet 1968 – décembre 1969)  : le nationaliste incompris

L’accession au pouvoir d’Etat d’Emile-Derlin Zinsou est peut-être le signe que le Dahomey avait besoin d’un médecin pour le guérir des maux en passe de le ruiner avant même qu’il ait entamé sa croissance après l’indépendance. En effet, le candidat gagnant des élections annulées par les militaires au pouvoir en 1968 était aussi médecin… C’est le 17 juin 1968 qu’en conseil des ministres, les Jeunes Cadres de l’Armée décident de confier le pouvoir à Emile-Derlin Zinsou qui n’est pas un inconnu sur la scène politique dahoméenne dominée par le trio irréconciliable Maga-Apithy-Ahomadégbé. C’est en effet un vieux routier de la politique – il avait été député, ministre, premier président de la Cour suprême, etc. – que les militaires chargeaient de mettre en place “une politique de redressement dans la réconciliation nationale”. Investi le 17 juillet 1968, il a l’habileté d’annoncer qu’il consultera le peuple par référendum sur sa nomination. Il acquiert la légitimité populaire par le “oui” sorti du référendum du 28 juillet 1968 à la veille du neuvième anniversaire de l’indépendance. La présidence de Zinsou sera marquée par une politique de rigueur budgétaire avec un attachement aux ressources internes. Dans ce cadre, président fait du paiement de la taxe civique, une obligation citoyenne. Le recouvrement forcé de cette assimilée à l’impôt de capitation par certaines langues, rendra impopulaire le docteur Zinsou lui valant le surnom fon satirique de “Zinsou tacouê” (Zinsou, l’impôt de capitation). “Il n’est pas sain, que même pour notre fonctionnement, nous dépendions de l’étranger, fût-il un ami comme la France”, soutient Zinsou en 1994 sur la télévision nationale à l’occasion des 25 ans de la Sobemap, une création de sa présidence dans la foulée de la nationalisation des activités portuaires en 1969. Mais tout ça ne suffira pas puisque les mêmes militaires lui reprendront le pouvoir au bout d’un an et demi de pouvoir sur les cinq à lui accordés.


Paul Emile de Souza (décembre 1969 –  mai 1970) : nouveau casse-tête électoral 

Le régime qui succède à Zinsou, est un Directoire militaire présidé par le Lieutenant-colonel Paul Emile de Souza. Mais le coup d’Etat qui le porte au pouvoir est l’oeuvre d’un habitué de la manoeuvre : le commandant Maurice Kouandété. La raison, le président Zinsou installé par les militaires n’aurait pas réussi la mission à lui confiée. A la reprise du pouvoir, les Jeunes cadres de l’armée décident de mettre en place un Directoire militaire effectivement installé dès le 12 décembre 1969. Il est chargé d’une transition vers l’instauration d’un régime constitutionnel civil. Pour y parvenir, les militaires autorisent le retour au pays des anciens présidents exilés à Paris. L’animation politique reprend de plus belle. Aux élections générales organisées par département à partir du 9 mars 1970, quatre candidats s’affrontent : les trois anciens dirigeants Maga, Apithy et Ahomadégbé et le dernier déposé par les militaires, Zinsou. Mais les élections tournent court du fait de la tension qui les entoure au fur et à mesure que les départements votaient. Après une suspension, le régime militaire décide d’annuler les élections. Une fois encore, ils confieront le pouvoir aux civils sans passer par le vote des citoyens.

 


Hubert Maga (mai 1970 – mai 1972) : Remise en selle des ténors autrefois indésirables

Le retour au pouvoir d’Hubert Maga s’opère dans le cadre du Conseil présidentiel institué officiellement par la déclaration du 30 avril 1970 sanctionnant les tractations entre les anciens présidents conviés à Savè par les militaires. Emile Derlin Zinsou n’y participa pas. Le 7 mai 1970, le Conseil présidentiel s’est donné une Charte faisant office de constitution. Le principe retenu est d’une présidence tournante des trois anciens présidents par deux ans. Le Triumvirat souvent qualifié de “Monstre à trois têtes” démarra avec Maga comme président le 7 mai 1970. Le premier président du Dahomey fit ses deux ans normalement, sous sa présidence est créée l’Université nationale du Bénin, l’actuelle UAC.

 


Justin Ahomadégbé (mai 1972 – 26 octobre 1972) : Fin brutal du Triumvirat

Avec l’accession au pouvoir de l’ancien président de l’Assemblée nationale et ancien Vice-président de la République, Ahomadégbé, le conseil présidentiel réussit sa première transition. Le nouveau président doit effectuer son tour de deux ans soit jusqu’au 7 mai 1974. Mais il n’eut même le temps de former son propre gouvernement que le 26 octobre 1972, les militaires tuteurs du pouvoir politique font parler d’eux à nouveau.

 

 


Mathieu Kérékou (26 octobre 1972 –  avril 1991) : Gloire et chute d’une révolution marxiste 

En renversant le Conseil présidentiel le 26 octobre 1972, le commandant Mathieu Kérékou confirme que l’armée reste l’arbitre du jeu politique entre les civils. Mais plus encore désormais : les hommes en uniforme reprennent les choses en main pour de bon. Le premier gouvernement est un Gouvernement militaire révolutionnaire. Les débuts sont prometteurs. Le Discours-programme prononcé à Abomey le 30 novembre 1972 par Kérékou suscite de l’espoir. Mais deux ans plus tard en 1974, le régime vire à l’Est et annonce le marxisme-léninisme comme idéologie officielle de l’Etat. Un an après, un parti-Etat est créé : le Parti de la Révolution populaire du Bénin. Le régime annonce aussi le changement de nom du pays. Le Dahomey devient République populaire du Bénin. Plus d’un quart de siècle durant Kérékou reste aux commandes. Le 16 janvier 1977, le régime échappe à une tentative de renversement piloté depuis l’extérieur, les mercenaires débarqués à l’aéroport de Cotonou sont rapidement cueillis par l’Armée de Kérékou. La fin des années 1980 est marquée par l’essoufflement du régime confronté aux difficultés économiques et aux contestations de plus en plus fortes après des années d’étouffement des libertés. En 1989, le régime est défié par la rue comme jamais auparavant le contraignant à organiser la Conférence nationale des forces vives du 19 au 28 février 1990. Ces assises débouchent sur une transition entre mars 1990 et avril 1991 marquée par le maintien du président Kérékou comme chef d’Etat, la nomination d’un Premier ministre chef du gouvernement en la personne de Nicéphore Soglo, l’adoption de la Constitution du 11 décembre 1990 et l’organisation des premières élections de l’ère du Renouveau démocratique.


Nicéphore Dieudonné Soglo (4 avril 1991 – 4 avril 1996) : vive le Renouveau démocratique !

Vainqueur des premières élections présidentielles du Renouveau démocratique face à Mathieu Kérékou au second tour avec 67,5% des voix, Nicéphore Soglo, passe de Premier ministre de transition à chef d’Etat et a les coudées franches pour relancer une économie exsangue après 17 ans de centralisme. Sa prouesse de faire passer le taux de croissance à 6% et les nombreuses infrastructures construites lui valent les surnoms de “Hercule” et “Maçon”. Le mandat de Soglo sera aussi marqué par l’installation des institutions créées par la Constitution du 11 décembre 1990 permettant la mise en route du processus démocratique. Mais la gestion politique du premier président post-Conférence nationale le met constamment en crise ouverte avec les autres institutions notamment le parlement dominé par ses opposants. Candidat à sa succession en 1996, Soglo se fait battre par son adversaire Mathieu Kérékou lors d’une élection dont il n’a jamais digéré l’issue.


Mathieu Kérékou (5 avril 1996 – 5 avril 2006) : le Caméléon démocrate 

Dès les deuxièmes élections présidentielles sous la nouvelle république, le Bénin renvoie l’image d’une démocratie en marche avec l’éviction par les urnes d’un président en exercice battu par son adversaire N°1. Soglo accepte difficilement sa défaite à cette présidentielle de 1996 mais Kérékou est effectivement de retour après 5 ans de mutisme total. A son investiture le 4 avril 1996, le “Caméléon” résume le parcours : “Nous étions en haut, nous sommes venus en bas. Nous remontons en haut !”. Ce premier mandat de Kérékou verra élaborer pour la première fois un Programme d’action du gouvernement. Puis en janvier 2001 est lancée la vision “Bénin 2025” qui projetait pour 2025 le progrès du Bénin sur tous les plans pour le bien-être de sa population. Kérékou renouvelle son bail à la tête du Bénin en 2001 lors d’élections contestées par son rival juré, Soglo et son éphémère Premier ministre Houngbédji qui refusent l’un à la suite de l’autre de livrer combat au second tour. Face à son allié Bruno Amoussou, Kérékou remporte tout naturellement la présidentielle de 2001 sans coup férir. Attendu sur le chantier de la révision constitutionnelle opportuniste, Mathieu Kérékou a l’habileté de séduire les Béninois en s’abstenant de tenter de s’accrocher au pouvoir. L’homme a définitivement choisi d’être démocrate. C’est pacifiquement que le Général cède le pouvoir à Boni Yayi, vainqueur de l’élection présidentielle de 2006.


Boni Yayi (6 avril 2006 – 5 avril 2016) : promesses et résultats du changement

Profitant de la retraite de Kérékou et Soglo inéligibles mais aussi de l’incapacité des poulains de ces derniers à convaincre l’électorat, Boni Yayi, parfait novice en politique remporte avec plus de 75% des votes le second tour la présidentielle de 2006 face à Adrien Houngbédji. Promettant le “changement”, Yayi fait de la lutte contre la corruption une priorité. Un an après son arrivée au pouvoir, le 17 juillet 2007, chose inédite, le président de la République prend la tête d’une marche dite “verte” dans la rue de Cotonou pour dire “non à la corruption”. Sous sa présidence sont lancés divers programmes sociaux comme les microcrédits aux plus pauvres, la gratuité de l’enseignement primaire, la gratuité de la césarienne, etc. Voyageant beaucoup aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger, Boni Yayi se montre volontariste couvrant son action d’une hyper-médiatisation qui fait de lui un dirigeant populiste aux yeux des critiques. Mais malgré les critiques de ses opposants, Yayi obtient un second mandat en 2011 lors d’élections organisées sur la base de la controversée Liste électorale permanente informatisée et ce dès le premier tour avec 53%, une grande première au Bénin du renouveau démocratique. Son opposant n°1 de l’époque, Adrien Houngbédji n’a jamais accepté les résultats du scrutin. Au cours de ce second et dernier mandat, le climat socio-politique sera tendu, dominé par de nombreuses grèves, des manifestations contre le projet de révision de la Constitution et surtout par l’affaire des tentative d’empoisonnement et de coup d’Etat qui auraient visé le chef de l’Etat. Mais malgré tout, la transition se fit en 2016 avec l’élection du rival désigné du président sortant non candidat.


Patrice Talon (depuis le 6 avril 2016) : la Rupture pour un Nouveau départ

De l’ombre à la lumière. De l’exil à la présidence. Du rejet à la gloire. On ne manquera de formule pour décrire l’élection de Patrice Talon en 2016. Accablé par le pouvoir de Yayi dès 2012, l’homme d’affaires devient malgré lui opposant politique numéro 1 du régime de la Refondation. Rentré d’exil de Paris en octobre 2015, le richissime opérateur économique s’installe au Palais de la Marina le 6 avril 2016 à l’issue d’élections âprement disputées et sous tension face au candidat du pouvoir, Lionel Zinsou. Son slogan “Le nouveau départ” fit mouche. Prônant la rupture, le président Talon lance dès décembre 2016 un programme d’action quinquennal chiffré à 9000 milliards de francs Cfa. Mais le programme n’est pas qu’économique. Il est aussi politique. Sur ce plan, nombre de réformes ont été opérées notamment celle du système partisan et surtout de la Constitution à la troisième tentative en 2019. L’histoire du Nouveau départ en est encore au présent ; le bilan se fera à l’atterrissage…


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