Au cinquième jour de sa première session de 2015, la Cour d'assises de la Cour d'appel de Cotonou a connu pour la troisième fois une affaire de meurtre. Ce vendredi 13 mars était jugée une affaire de meurtre à coup de poignard. Les faits se déroulent à Porto-Novo entre Dames Jeanne V. et Bernadette Y.
Les deux voisines en arrivent à une première bagarre le 18 octobre 2010 suite à des médisances et querelles vaines. Le lendemain, Jeanne V. qui allait chercher des rames de palmier, s'arrête en cours de route pour raconter la scène de la veille à la meunière du quartier. Un peu plus tard, sa protagoniste de la veille arrive au moulin retirer sa farine de maïs et la partie d'invectives est relancée. Après une gifle reçue de son adversaire, Jeanne sort un couteau de son panier et l'enfonce au-dessus du sein gauche de Bernadette qui rend l'âme.
L'autopsie révèle que le coup de couteau a laissé "une plaie à bord net de 4 centimètres de la pointe du coeur dans le ventricule gauche, responsable d'une hémorragie cataclysmique, cause du décès".
Inculpée pour coups mortels, l'accusée reconnaît les faits mais soutient qu'elle n'avait pas l'intention de donner la mort. Elle aurait agi ainsi pour se libérer des mains de la victime. Dame Jeanne est mise aux arrêts le 22 octobre 2010. Elle n'avait jamais fait l'objet de condamnation et ne souffrait d'aucune affection mentale.
A la barre plus de quatre ans après les faits, l'accusée ne se dédit pas confortant le ministère public dans ses observations. L'Avocat général déduit que le crime de coups mortels est constitué avec l'intention coupable. Il prend à son compte aussi la déposition du mari de l'accusée selon lequel sa femme Jeanne est nerveuse. Dans son argumentaire l'Avocat général fait souvent recours à la Bible pour affirmer le caractère sacré de la vie humaine. Il demande à la Cour de condamner la mise en cause à 10 ans de travaux forcés.
De son côté, Me Arthur Ballé, l'avocat de la défense fait observer qu'il faut tenir Dieu et la Bible loin du procès. Il tente de faire comprendre que la réaction à une provocation est souvent incontrôlée et que par conséquent la réaction violente de sa cliente était tout simplement humaine. Sur l'intention coupable, Me Ballé est catégorique : on ne saurait établir l'intention de tuer de sa cliente dans ce drame. Sur ce point il sera entendu par la Cour qui condamne finalement Dame Jeanne pour coups mortels sans l'intention de donner la mort.
La peine requise est réduite de moitié et l'accusée s'en sort avec cinq ans de travaux forcés. Emprisonnée depuis octobre 2010, Jeanne V. n'a plus que quelques mois à passer en détention avant de recouvrer sa liberté.
Vincent Agué



