26 Mai
Nouveau coup médiatique du président béninois mardi soir à Cotonou. Alors que la composition de son premier gouvernement d’après réélection fait débat, le Patrice Talon est intervenu par surprise dans une émission télé. Le motif de son appel n’est pas moins inattendu : le chef de l’Etat voulait s’expliquer sur la suppression du ministère de la Communication.

Un an après son intervention surprise par téléphone dans une émission sur l’ORTB tv, le président Talon a donc récidivé. Cette fois, c’est la chaîne privée E-Télé qui était sur la ligne du président.

 

Le contexte

Pour un remaniement mineur – Patrice Talon n’a nommé que 2 nouveaux ministres – la suppression d’un ministère s’est finalement révélée comme le sujet d’attraction. Et la personnalité du dernier occupant du poste en rajoute à la polémique. Car l’avocat Alain Orounla, dernier ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement s’était fait remarquer, en grand orateur, par son sens de la répartie face aux critiques des choix du gouvernement. Mais l’homme n’a pas été reconduit et son portefeuille a disparu.

C’est donc cette suppression du ministère de la Communication et de la Poste qui était l’objet d’incompréhension du journaliste Constant Agbidinoukoun, un des trois invités du plateau de décryptage du remaniement sur la chaîne de télévision. “Ce qui m’a surpris, je n’arrive pas à comprendre, j’aimerais bien que le président puisse nous l’expliquer, je n’ai pas vu le ministère de la Communication”, s’inquiète en début d’émission l’ancien présentateur JT de la chaîne nationale, aujourd’hui à la retraite. Il poussera loin son coup de gueule accusant le gouvernement de Patrice Talon de ne s’être “pas préoccupé du sort des organes de presse” pendant le premier mandat.

C’est alors qu’un appel téléphonique s’annonce quelques instants après au cours de l’émission. “Allô, je suis Patrice Talon… Est-ce que vous me permettez d’intervenir dans votre émission ?”, entend-on. L’animateur qui avait annoncé que l’émission était interactive, donc ouverte aux interventions des téléspectateurs, ne s’étonne pas autrement que par “Ah, le président de la République ?”...

 

“Le pays appartient au régime en place, à l’opposition, aux contradicteurs”

Pendant une dizaine de minutes, le chef de l’Etat s’emploie à expliquer sa décision la plus débattue à l’occasion du remaniement. “On fait des choses pendant des décennies et si on se rend compte que ce n’est pas la meilleure façon de fonctionner, il faut se corriger”, avance Patrice Talon.

Dans son développement, le président démontre d’abord l’incompatibilité de la fonction de porte-parole et celle de ministre de la Communication. “Est-ce que vous ne pensez pas qu’il n’est pas normal que ce ministère joue également le rôle de porte-parole du gouvernement ? Théoriquement c’est incompatible”. Selon Patrice Talon, le porte-parole en tant que préposé à la “propagande” (« j’utilise ce mot exprès », a insisté le président), il ne devrait pas être chargé d’un secteur comme la communication s’occupant notamment des médias tant publics que privés. Telle se présente, ajoute le président, “la complexité de l’action gouvernementale : travailler pour l’ensemble des concitoyens, et en même temps pour son régime alors que le pays appartient aussi bien au régime en place, à l’opposition, aux contradicteurs”.

Voilà donc pourquoi le président a choisi de nommer son ancien directeur de la Communication à la présidence, Wilfried Léandre Houngbédji, aux fonctions de porte-parole du gouvernement en remplacement d’Alain Orounla. Ce dernier n’a pas “démérité, au contraire il a été extraordinaire”, apprécie le président.

Il faut toutefois nuancer que par le passé, tant sous Patrice Talon que sous ses prédécesseurs, le ministre de la Communication n’a pas toujours été systématiquement le porte-parole du gouvernement. Avant l’entrée au gouvernement d’Alain Orounla en septembre 2019, les deux versions de l’équipe de Talon n’avaient pas le ministre de la Communication comme porte-parole. Le rôle n’était d’ailleurs pas officiellement attribué ; même si Oswald Homeky des Sports s’en occupait…

 

Désuétude

Quant à la suppression proprement dite du ministère de la Communication, le président évoque des raisons d’efficacité pour la justifier. Il identifie dans les attributions classiques de ce portefeuille, des fonctions que la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication peut valablement jouer : promouvoir les médias.

Quant au volet financement de la presse privée, le ministère des Finances peut s’en occuper de même que les nouvelles tendances de la fonction postale. “Aujourd’hui le rôle postal devient désuet. Toutes les postes développent aujourd’hui l’activité bancaire”, explique Patrice Talon qui annonce donc que l’activité bancaire de la Poste du Bénin sera développée pour desservir les régions reculées en services financiers.

Enfin avec le volet infrastructures de télécoms transmis au ministère du Numérique et de la Digitalisation, le “démantèlement” est parfait…

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