18 Jan

 

En déclarant son intention de briguer un second mandat à la tête du Bénin, le président béninois a définitivement tourné dos à sa promesse de faire un mandat unique. C’est un retournement de situation dont Patrice Talon a réuni les pièces les unes après les autres de 2016 à 2021.

La non candidature du chef de l’Etat à l’élection présidentielle du 11 avril 2021 aurait été une surprise malgré son discours de départ sur le mandat unique.

 

2016 : le mandat unique ou rien

Cette promesse singulière en soi était sans doute la vedette des promesses électorales du candidat Patrice Talon. Dans une Afrique aux nombreux dirigeants tentés par le pouvoir à vie, dire et clamer volontairement tant en campagne électorale qu’une fois élu un désintérêt pour une réélection était inédit. Mais la conviction du chef de Patrice Talon était ferme et soutenue par des arguments.

“Dès le premier jour de prise de fonction d’un président élu, quand on lui offre l’opportunité d’être président à nouveau au bout de cinq ans, toutes ses actions et toutes ses décisions sont conditionnées par cela, par la chance qu’il doit préserver à être réélu au terme de son mandat.” (Patrice Talon, Entretien télévisé le 1er août 2016)

Mais c’était sans compter avec les coups politiques.

 

2017 : “J’aviserai”

Puis échoua la première tentative de révision de la Constitution. Un projet qui devait inscrire dans la loi fondamentale la vision du chef de l’Etat. Le 4 avril 2017, l’opposition parlementaire de l’époque offrit un bien amer cadeau d’anniversaire de présidence à l’homme du Nouveau départ. Sauf que ce dernier trouva d’utiliser ce coup politique contre ses adversaires.

Sur insistance des journalistes qui le recevaient en entretien, le président lâcha alors prendre acte du refus de constitutionnaliser le mandat unique. D’où, le fameux “en 2021, j’aviserai”. Depuis lors, pour des observateurs, la candidature du président à un nouveau mandat ne faisait l’ombre d’aucun doute.

 

2018 : “Nous verrons bien”

Et en toute cohérence, le président se fit moins énigmatique un an plus tard sur la même question. Cette fois-là, c’est à des journalistes de la presse étrangère que le président a dit son droit le plus absolu de demander un renouvellement de son bail à la tête du Bénin. Au sujet de 2021, “nous verrons bien”, leur avait-il servi.

 

2019 : révision de la constitution sans mandat unique

La révision de la Constitution intervenue en novembre 2019 n’a plus fait cas du mandat présidentiel unique. Ce choix des députés de la 8ème législature était un message politique clair. La majorité présidentielle elle-même ne voulait plus du mandat unique.

D’ailleurs, on peut bien douter que les nouveaux acteurs politiques émergents grâce à la Rupture veuillent par une révision s’infliger un coup d’arrêt par le départ de leur champion. On ne se fait pas hara kiri !

 

2021 : déclaration à petites doses

L’effervescence politique inévitable à la veille de toute élection a commencé dès 2020 après les élections communales remportées de loin par la majorité présidentielle (71 communes sur 77). Les appels de mouvements et partis politiques à un second mandat pour Patrice Talon se sont multipliés.

Le parti Moele-Bénin se distingue de tous en désignant dès août 2020 le chef de l’Etat comme son candidat pour 2021. Le Bloc Républicain lui emboîte le pas malgré la présence dans ses rangs d’un présidentiable supposé, en l’occurrence numéro 2 du gouvernement, Abdoulaye Bio Tchané. Ni lui, ni aucun autre membre du camp politique du président n’affiche cependant une ambition de succession au chef de l’Etat.

Dans ce contexte, il ne restait plus que ce dernier se prononce lui-même pour confirmer ce que presque tout le monde considérait comme un secret de Polichinelle. Et pour ce faire, Patrice Talon choisit d’y aller à petites doses.

D’abord dans son message de vœux du nouvel an. “Je mesure davantage la responsabilité qui est la mienne de contribuer encore à consolider les acquis qu’ensemble, nous avons engrangés ces dernières années. Je ne vais pas me dérober à mes devoirs envers la République”, va déclarer le président.

Ensuite, comme dans un aguichage, le président laissera entendre à l’une des dernières étapes de son tour du Bénin, qu’un nouveau mandat suffirait pour achever son œuvre de construction. Enfin, le 15 janvier à Adjohoun, épilogue de sa tournée nationale, l’évidence est affirmée : “continuer la dynamique, je veux m’y engager”.

Laborieux ou pas, le changement d’avis du président est une première victoire en ce qu’il passe finalement pour acte normal. Une fois de plus, après sa percée spectaculaire de 2016, Patrice Talon vient d’écrire une autre page de son parcours politique. Devinez la prochaine !

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