07 Déc
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Au terme d’une longue journée de procès, la Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme (CRIET) a prononcé dans la nuit de lundi à mardi, la condamnation de Joël Aïvo et deux autres co-accusés, Issiakou Boni Sarè et Moudjaidou Ibrahim Bachabi, à 10 ans de réclusion criminelle pour “complot contre la sûreté de l’Etat et blanchiment de capitaux”. C’est l’issue d’une procédure judiciaire jugée politisée par la défense depuis son déclenchement à l’occasion de la dernière élection présidentielle. 

Trois ans après le célèbre procès de l’affaire d’escroquerie ICC-Services qui avait tenu en haleine tout un pays un mois durant, la CRIET tenait encore un des procès les plus suivis au Bénin. Le principal accusé en est la cause. Frédéric Joël Aïvo, le professeur de droit converti en acteur politique depuis quelque temps devait enfin répondre des faits mis à sa charge par la CRIET. 

Aïvo bénéficiaire d’un projet de coup d’Etat 

Arrêté mi-avril 2021 juste après les résultats de la présidentielle dont il a été recalé et qu’il a raillée, le constitutionnaliste était en détention en même temps que trois autres inculpés dans le même dossier : son comptable Dotou Alain Gnonlonfoun ainsi que Issiakou Boni Sarè et Moudjaidou Ibrahim Bachabi tous deux militaires. Les deux derniers seraient les bras exécutants d’une mission de coup d’Etat commanditée par le sieur Arnaud Houedanou, un homme d’affaires présenté comme un soutien du professeur Aïvo. Lui est en cavale, de même qu’un certain Gilbert Zinsou, un autre homme d’affaires “actif dans les clubs de soutien” au professeur, selon le procureur spécial près la CRIET. Ces hommes auraient planifié de fomenter un coup d’Etat au profit de Joël Aïvo, d’où l’accusation de complot contre la sûreté de l’Etat.

A la barre, les sieurs Boni Sarè et Ibrahim Bachabi reconnaissent avoir préparé un coup d’Etat mais seulement dans le but de soutirer de l’argent à Houedanou le demandeur du service par l’intermédiaire de Zinsou. Sauf que le procureur relève ce qui lui paraît être des pièces à conviction : une arme, une tenue militaire, une remise de fonds (1.900.000 Fcfa en plusieurs tranches) et surtout un projet de discours de coup d’Etat dans lequel un civil est annoncé pour gérer la transition après le retrait des auteurs du coup d’Etat, un civil dont la description correspondrait à Joël Aïvo… Enfin, élément non négligeable, le lien de proximité entre Aivo et Houedanou ; selon le Ministère public, cet homme d’affaires est un bailleur des activités politiques du professeur. Auteur de fraudes fiscales, ses fonds auraient financé la caution de candidature d’Aivo, d’où l’autre partie de l’accusation de blanchiment de capitaux. 

“Faites de moi ce que vous voulez”

Tout au long de l’audience, Joël Aïvo a affirmé être étranger à toute l’histoire. Ses avocats parmi lesquels le vieux routier des prétoires, l’ancien président de la Cour constitutionnelle Robert Dossou, se sont employés à démontrer que le dossier est vide, sans preuves de liens entre leur client et les inculpés Boni Sarè et Ibrahim Bachabi.  

Le principal intéressé s’est surtout comporté comme un héros de la démocratie et des libertés. Frédéric Joël Aïvo a multiplié les rhétoriques pour démonter les arguments de l’accusation. A la fin des débats, comme il est de coutume de donner l’occasion aux accusés de dire leur derniers mots, l’homme se fend d’une intervention teintée de résignation et de défi à la fois : 

“Il ne revient pas à la justice d’arbitrer le débat politique entre des adversaires. C’est dans la démocratie que nous sommes tous en sécurité, la démocratie, c’est la sûreté, hors de la démocratie, c’est l’aventure pour nous tous ; aujourd’hui, c’est mon cas,  demain à qui le tour ? J’ai décidé de faire don de ma personne à notre pays, faites de moi ce que vous voulez”. 

Frédéric joël aïvo, lors de son procès devant la criet, 06 decembre 2021

Dix ans de réclusion criminelle, 45 millions d’amende

La Cour, à l’issue de la délibération, va prononcer vers 2h30 une condamnation presque conforme aux réquisitions du procureur. Joël Aïvo et les deux militaires sont reconnus coupables de complot contre la sûreté de l’Etat de blanchiment de capitaux. L’homme de droit et acteur politique doit aussi payer une amende de 45 millions de francs CFA. Seul relaxé de l’affaire, Alain Gnonlonfoun, le doute lui a bénéficié. 

Du côté de la défense, “on s’y attendait. Nous ne pouvons que prendre acte de la décision intervenue. Quant aux recours, nous aviserons”, a confié Robert Dossou, chef de file du collège d’avocats de Joël Aïvo. Pour Me Jacques Bonou, un autre avocat du professeur, la condamnation prononcée vise à éliminer un adversaire politique ; il conjecture par ailleurs un sort semblable à Reckya Madougou, autre figure de l’opposition au pouvoir de Cotonou qui sera jugée vendredi par la même CRIET pour terrorisme… 

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