16 Juin

 

Au Bénin, les chiffres du Covid-19 ne cessent de grimper ces derniers jours. La barre des 500 cas est désormais franchie à la date du 15 juin 2020 selon le décompte officiel publié par le gouvernement

532 cas confirmés, 237 guérisons, 287 cas actifs et 9 décès. Le nombre de personnes désormais sous traitement selon le bilan publié ce 16 juin a plus que doublé comparé au chiffres d’il y a une semaine (98). En l’espace d’une semaine aussi, le nombre de décès a plus que doublé, passant de 4 à 9 entre le 6 et le 14 juin. 

3 décès en 48 heures

Le nombre de victimes du Covid-19 renseigne particulièrement sur l’allure que prend l’infection au Bénin. Le samedi 13 juin, la plateforme officielle du gouvernement sur le coronavirus  affichait 6 décès. 48 heures après, 3 nouveaux décès sont enregistrés soit le tiers du nombre total de décès dans le pays. Ces chiffres parlent : le Covid-19 progresse au Bénin comme… en Afrique. Mais pourquoi ?

La progression du virus en question 

L’évolution de la pandémie au Bénin correspondrait à une tendance générale en Afrique en considérant un avertissement de la directrice régionale de l’OMS qui témoigne de l’accélération de la pandémie sur le continent : “Il a fallu 98 jours pour atteindre la barre des 100.000 cas et 18 seulement pour franchir celle des 200.000”. Le docteur Matshidiso Moeti a fait cette déclaration le 11 juin dernier depuis le siège de l’OMS à Genève. Elle indiquait aussi que “la pandémie reste concentrée dans et autour des capitales, mais nous voyons de plus en plus de cas en province”.

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Evolution en chiffres de l’infection au Covid-19 au Bénin depuis le 19 mai après l’annulation des résultats des Tests rapides

La montée en flèche de la courbe des contaminations au sein de la communauté appelle inévitablement une question : quelle en sont les facteurs ? Il est évidemment difficile d’y apporter une réponse sans équivoque en l’absence de données officielles. Mais ce défaut de précisions n’empêche pas de souligner quelques éléments factuels.

ll est probable que la maladie se soit propagée davantage que ne renseignent les chiffres. Et pour cause : les dépistages massifs n’ont commencé que depuis quelques semaines au Bénin. D’ailleurs, les premiers résultats des tests massifs effectués dans la foulée de la levée du cordon sanitaire avaient fait grimper de façon exponentielle les chiffres de la maladie au Bénin. Sauf à nuancer que par la suite le gouvernement a dû revoir lesdits chiffres à la baisse conformément aux recommandations de l’OMS qui ne valide que les tests à la PCR plus poussée que les tests rapides (TDR). Il faut à ce propos questionner l’effet psychologique qu’a pu avoir au niveau des populations cette séquence de rétropédalage…

Dans tous les cas, les chiffres de la pandémie montent avec les tests effectués sur les personnes suspectes et les individus ciblés en raison de leur catégorie professionnelle. Les données actuelles de la pandémie au Bénin sont celles issues des dépistages effectués à la PCR et aux TDR. On pourrait alors avancer que plus on fera encore de tests, plus on détectera de cas.

 

Baisse de vigilance

Mais la question fondamentale sur les causes de la dispersion du virus au sein de la population demeure. Et l’une des réponses plausibles est le relâchement perceptible dans l’application des mesures de prévention. Ce relâchement est dangereux d’autant que presque toutes les restrictions mises en place contre le coronavirus sont désormais assouplies rendant quasi-normales nos habitudes de vie : transport en commun, course au marché, rassemblement dans les lieux de culte, et même… élections ! Il ne faut en effet pas occulter la tenue des élections communales du 17 mai 2020 dans la recherche des facteurs de diffusion du coronavirus dans le pays comme le soutient Pierre Mpele, épidémiologiste et ancien cadre de l’Oms qui observe la situation de la pandémie dans les pays africains. 

Il souligne par ailleurs que l’augmentation du nombre de cas au Bénin et ailleurs est parfaitement normale. Selon lui, le Covid-19 a particulièrement progressé dans la plupart des pays à partir de la période correspondant à 90 jours d’épidémie. Rappel important à cet effet : le Bénin a signalé son premier cas positif de coronavirus le 16 mars 2020. Dans la même logique, le ministre de la Santé avait lui aussi averti que notre pays connaîtrait un pic entre fin mai et début juin. Et nous y sommes ! Autre rappel dans ce sens : “nous n’avons pas peur des chiffres parce que nous avons la solution”, avait dit Benjamin Hounkpatin. 

Et à l’échelle continentale, la directrice régionale de l’OMS ne s’attend pas à une inversion de la courbe en l’état actuelle de la situation : 

“Avant que nous ayons accès à un vaccin efficace, je crains que nous devrions vivre avec une hausse constante dans la région, avec des foyers à gérer dans de nombreux pays (…) qui nécessitent de très fortes mesures de santé publique.”

“Le coronavirus existe bel et bien”

On n’oubliera pas non plus le déni de la maladie par ceux qui ne croient pas son existence et sapent le travail de sensibilisation. Le coronavirus, “une grosse arnaque” ? Le Covid-19 impuissant sous les tropiques ? La peau noire résistante au virus chinois ? Les données officielles de la maladie au Bénin et en Afrique en général font tomber toutes ces prétentions suicidaires ventilées par des incrédules. 

Sans doute, à tous ceux-là et aussi à toutes les personnes qui se seraient lassées des gestes barrières s’adresse ce message : “le coronavirus existe bel et bien”. Cette phrase introduit des publications relatives au Covid-19 sur les canaux digitaux du gouvernement . 

Rappel des gestes barrières 

S’il y a une ultime leçon à tirer de la progression accélérée du coronavirus au Bénin, c’est sûrement la nécessité de maintenir la vigilance en respectant les gestes barrières. C’est le lieu de les rappeler : 

  • se laver régulièrement les mains à l’eau et au savon et à défaut se désinfecter les mains à l’aide d’une solution hydroalcoolique 
  • tousser ou éternuer dans le creux du coude ou dans un mouchoir à jeter après à la poubelle
  • se couvrir le nez et la bouche avec un masque ou une bavette en tout lieu public et en présence d’autres personnes 
  • maintenir une distance de sécurité sanitaire d’au moins un mètre entre personnes.

 

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